Pascal, mon pote paysan

C’était en 2000, juste avant l’arrivée de l’euro. C’était l’histoire de Pascal, un agriculteur établi en Bretagne.

Pascal, mon paysan de pote.

Une trentaine d’hectares de terres en plein bocage. Trop peu pour vivre aujourd’hui.

Alors, l’espace de 24 ans, il avait monté une belle ferme d’accueil en pierre, au prix d’une énergie novatrice, autour d’une structure de randonnée. Cette double activité d’agrotourisme, alliant le tourisme responsable et l’agriculture en bio, rayonnait sur l’économie rurale locale en participant aussi à l’échange culturel, car les randonneurs arrivaient de l’Europe entière.

N’ayant pas d’apport personnel, il avait dû emprunter au Crédit agricole, lors de son installation, la somme de 400.000 Francs (61.000 euros). Il aura remboursé au bout de 25 ans 1.000.000 Francs (154.000 euros) ! Belle affaire pour la banque…

Pascal, en cette année 2000, avait décidé de diversifier encore son activité et de lancer un petit élevage de moutons. Aménagement d’un bâtiment, achat du cheptel, etc… Tout aurait dû bien se passer, comme pour les autres activités. Mais voilà… La guigne se mit de la partie, la chienne du monde comme le dit Pierre-Jakez Hélias. Tout ce qui pouvait arriver à un éleveur durant une vie, Pascal le supporta en seulement une année : maladies, décès, entraînant de lourds frais de vétérinaire, d’aliments et au final la perte totale du troupeau.

En décembre, sa trésorerie était dans le rouge foncé. En janvier il n’a pas pu honorer ses cotisations à la MSA, la sinistre Mutualité Sociale Agricole. En avril non plus, et en juillet encore moins. En tout 150.000 Francs (23.000 euros). Alors sont venues la lettre de rappel, puis la mise en demeure, puis la contrainte et enfin est tombé le jugement du tribunal. 

Pascal avait commis le crime le plus grave qui soit : innover, échouer et ne pas pouvoir payer son assurance-maladie et son assurance-retraite. Quand vous ne payez plus votre assurance automobile, la compagnie cesse simplement de vous assurer. La MSA, non : elle vous poursuit de sa hargne jusqu’à vous faire rendre gorge et récupérer ses cotisations. Pour 23.000 euros, elle s’apprêtait, en toute bonne conscience, à jeter à la rue un homme courageux et sa famille. 

A ce moment, il restait à Pascal seulement trois ans de remboursement de son emprunt foncier pour être enfin chez lui. Vous entendez bien : à trois ans de la fin de son emprunt, on lui prenait le travail de sa vie, pour 23.000 euros qui n’étaient même pas une dette, mais seulement une cotisation…

En octobre de l’année suivante, l’huissier était venu à la porte de la maison. Ou bien Pascal payait sa dette à la MSA, ou bien on lui saisissait sa ferme et ses terres pour les vendre aux enchères. C’est à ce moment, au cours de l’assemblée générale d’une association dont nous faisions partie, que Pascal nous a raconté, en pleurs, ce qui lui arrivait. La suite est affaire de solidarité, la vraie, celle des Hommes : chaque membre de l’association a versé par chèque ce qu’il pouvait, à l’ordre de l’huissier, pour éponger la dette et les frais.

Vous ne savez pas ce qu’est la MSA ? Mais si, vous savez, il suffit de relire le préambule de la Constitution de 1946 : c’est un organisme de sécurité sociale créé au sortir de la guerre, comme les autres organismes du même type, pour assurer à tous les Français une sécurité, même en cas d’absence de revenu. C’est marqué en toutes lettres : « pour assurer à tous les Français une sécurité, même en cas d’absence de revenu »

Trois mots à la connotation généreuse composent ce sigle :

– Mutualité : implique que chacun cotise afin d’aider celui qui est dans le besoin. Celui est en bonne santé paie pour les malades, celui qui n’a pas d’accidents paie pour celui qui en est victime.

– Sociale : marque un fort sentiment de fraternité, le choix d’un pays de ne pas laisser au bord du chemin celui qui a subi un coup du sort.

– Agricole : un pays sans paysans est un pays sans avenir. La terre nourrit l’Homme par le travail de l’Homme.

Résumons cette abjection : un organisme créé en 1945 pour assurer une « sécurité » aux agriculteurs dans le besoin, en est arrivé 55 ans plus tard à les foutre à la porte de leur maison justement quand ils ont le plus besoin de solidarité et de sécurité. Aujourd’hui, on ne brûle plus ceux qui ne peuvent pas payer leurs cotisations, comme on brûlait au Moyen-âge les impies. Non, on fait comme aux plus beaux temps du servage, on les FOUT dehors ! Adieu travail, maison ! et passe la machine à broyer les vies ! 

Quelquefois, brisé par la honte et l’échec, l’agriculteur n’attend pas qu’arrive l’homme en noir à sa porte. Seul, il commet l’irréparable. Chaque jour qui se lève, un agriculteur se suicide dans le beau pays de France. Quand ce n’est pas la banque qui l’accule à la ruine, c’est la MSA qui arrive à la curée. Avez-vous entendu nos médias mous nationaux s’en scandaliser ?

La MSA est soi-disant administrée par des gens du monde agricole : comment des agriculteurs, des entrepreneurs, des hommes du terrain peuvent-ils encore siéger dans ce tribunal inquisitorial. Comment peuvent ils rentrer chez eux, le soir, après une réunion du conseil d’administration, durant laquelle ils ont  jeté dehors un homme de leur fratrie ? Un seul de ces hommes aura-t-il le courage de se lever, au cours d’une réunion, et de dire NON ? Non, c’est terminé, à partir d’aujourd’hui je refuse d’appliquer les lois, règlements et décrets qui régissent cette institution. Non, je refuse de donner ma caution, ma voix, mon honneur à cette monstruosité bureaucratique. Non, je ne donnerai plus un sou, plus jamais, à ces caisses qui n’ont de social que l’ombre du nom.

Si un jour une voix comme celle-ci se lève, alors se lèvera en France une aube d’espoir. Alors les hommes du terroir recommenceront à travailler pour que vive leur famille, comme l’avaient fait avant eux des générations de paysans courageux et obstinés.

Et le dernier mur de la Honte tombera en Europe. 

Ce texte est pour toi, l’ami Pascal. Tu as rendu ta fourche et ton tablier voici quelques années. Puisses-tu là-haut reposer dans un monde où la Fraternité possède encore un Sens….

Jacques Clouteau

2 COMMENTAIRES

  1. Agréablement surpris de lire un article sur la MSA.
    En septembre 2009, cotisant solidaire, j’ai un grave accident du travail, bassin broyé, colonne vertébrale touchée… 10 mois d’arrêts de travail jamais indemnisés au prétexte qu’à ce moment là j’étais double-actif. La MSA me dit « vous dépendez de la sécurité sociale car vos revenus sont majoritairement issus du régime général ». Je me retourne alors vers la sécurité sociale qui me répond  » ah mais non, c’est un accident du travail agricole non-salarié, voyez la MSA »… en dernier recours j’ai tenté la FNATH, réponse « heu, nous l’agriculture pour les non salarié, on y comprend rien »… Été 2010, je suis convoqué par un médecin expert qui conclue que je pouvais reprendre le travail alors que je ne pouvais toujours pas plier les jambes ni soulever le moindre poids. Evidemment que j’avais repris le travail avec des crédits à payer et une famille à nourrir et comme j’ai repris trop rapidement, je ne recouvrerai jamais mes capacités physiques initiales car les dégâts sont irrémédiables…Mieux encore, fin 2010, je pouvais à peine marcher, une inspectrice de la MSA débarque chez moi et me dit « vous nous devez plusieurs milliers d’euros de cotisation car en fait, vous êtes exploitant à titre principal depuis 2008″. Lorsque je lui ai rétorqué que c’était merveilleux puisque dans ce cas la MSA devait prendre en charge l’accident du travail, elle me dit  » bon, ben on va laisser tomber l’arriéré de cotisations, on laisse tout comme ça hein, ce sera plus simple, vous oubliez l’accident et moi j’oublie le retard de cotisations… » Depuis lors ce n’est pas compliqué, la MSA m’écrit une fois par an pour me demander une cotisation minimale et heureusement que pour survivre je travaille à plein temps à coté en plus de l’exploitation..
    Fraternité à la MSA ? Mon c.. ! .

  2. il y a plus que le monde paysan, il y a celui des artisans et commerçants que le RSI ruine , les sommes prélevés deviennent indécentes, un seul souhait, une seule solution, fermer au plus vite l’entreprise !
    nos syndicats sont des vendus et les toutous des politiques !

Laisser un commentaire